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Inégalité de concentration (Bienaymé-Tchebychev)

Deux exercices type : appliquer l'inégalité de concentration à une somme et à une moyenne de variables aléatoires, puis majorer des fluctuations dans des situations variées.

2 exercices corrigés

Exercice 1 — Appliquer l'inégalité de concentration

L'outil. L'inégalité de concentration (Bienaymé-Tchebychev) affirme que, pour toute variable aléatoire YY et tout réel a>0a>0, P(∣Y−E(Y)∣≥a)≤V(Y)a2P\big(|Y-E(Y)|\geq a\big)\leq \dfrac{V(Y)}{a^2}. Elle majore la probabilité de s'éloigner de la moyenne. Le fil rouge, dans tout ce chapitre, est le même : reconnaître un écart à la moyenne, appliquer l'inégalité, puis passer au complémentaire.
  1. Une somme. X1,…,X100X_1,\dots,X_{100} sont indépendantes, de même loi, d'espérance 23,523{,}5 et de variance 357,75357{,}75 ; on pose Z=X1+⋯+X100Z=X_1+\cdots+X_{100}. Démontrer que P(1950<Z<2750)≥0,75P(1950<Z<2750)\geq 0{,}75.
  2. Une moyenne. Mn=1n(X1+⋯+Xn)M_n=\dfrac{1}{n}(X_1+\cdots+X_n), où les XiX_i sont indépendantes de loi de Bernoulli de paramètre 0,850{,}85.
    1. Déterminer E(Mn)E(M_n) et V(Mn)V(M_n).
    2. Montrer que P(0,75<Mn<0,95)≥1−12,75nP(0{,}75<M_n<0{,}95)\geq 1-\dfrac{12{,}75}{n}.
    3. Déterminer le plus petit entier nn pour lequel cette probabilité dépasse 0,90{,}9.
Voir la correction

1. *Commençons par les paramètres de ZZ.* Comme ZZ est une somme (et non une moyenne), on additionne : par linéarité de l'espérance, E(Z)=100×23,5=2350E(Z)=100\times23{,}5=2350 ; et comme les XiX_i sont indépendantes, les variances s'additionnent aussi, V(Z)=100×357,75=35 775V(Z)=100\times357{,}75=35\,775.

Reconnaissons ensuite un écart à la moyenne. L'intervalle ]1950 ;2750[]1950\,;2750[ est **centré sur 23502350**, car 2350−400=19502350-400=1950 et 2350+400=27502350+400=2750. Autrement dit, 1950<Z<27501950<Z<2750 équivaut à ∣Z−2350∣<400|Z-2350|<400 : on ne parle plus d'un intervalle, mais d'un écart — le langage exact de l'inégalité.

*Appliquons l'inégalité avec a=400a=400.* P(∣Z−2350∣≥400)≤V(Z)a2=35 775160 000≈0,224P(|Z-2350|\geq400)\leq\dfrac{V(Z)}{a^2}=\dfrac{35\,775}{160\,000}\approx0{,}224. Puis passons au complémentaire, car on veut la probabilité de rester proche : P(1950<Z<2750)=1−P(∣Z−2350∣≥400)≥1−0,224=0,776P(1950<Z<2750)=1-P(|Z-2350|\geq400)\geq1-0{,}224=0{,}776. Comme 0,776≥0,750{,}776\geq0{,}75, l'inégalité demandée est démontrée.

2. a. Chaque XiX_i suit une loi de Bernoulli de paramètre 0,850{,}85, donc E(Xi)=0,85E(X_i)=0{,}85 et V(Xi)=0,85×0,15=0,1275V(X_i)=0{,}85\times0{,}15=0{,}1275. Ici MnM_n est une moyenne : l'espérance ne bouge pas, E(Mn)=0,85E(M_n)=0{,}85, mais la variance est **divisée par nn** (c'est tout l'intérêt de moyenner), V(Mn)=0,1275nV(M_n)=\dfrac{0{,}1275}{n}.

2. b. Même trajet qu'en 1. L'intervalle ]0,75 ;0,95[]0{,}75\,;0{,}95[ est centré sur 0,850{,}85, donc 0,75<Mn<0,95  ⟺  ∣Mn−0,85∣<0,10{,}75<M_n<0{,}95\iff|M_n-0{,}85|<0{,}1 : marge a=0,1a=0{,}1. L'inégalité donne P(∣Mn−0,85∣≥0,1)≤V(Mn)a2=0,1275/n0,01=12,75nP(|M_n-0{,}85|\geq0{,}1)\leq\dfrac{V(M_n)}{a^2}=\dfrac{0{,}1275/n}{0{,}01}=\dfrac{12{,}75}{n}. En passant au complémentaire : P(0,75<Mn<0,95)≥1−12,75nP(0{,}75<M_n<0{,}95)\geq1-\dfrac{12{,}75}{n}.

2. c. On cherche le plus petit nn garantissant une probabilité >0,9>0{,}9. Il suffit que le minorant dépasse 0,90{,}9 (si la borne inférieure dépasse 0,90{,}9, la probabilité aussi) : on résout 1−12,75n>0,91-\dfrac{12{,}75}{n}>0{,}9, soit 12,75n<0,1\dfrac{12{,}75}{n}<0{,}1, d'où n>127,5n>127{,}5. Comme nn est entier, le plus petit convenable est n=128n=128.

Le réflexe à retenir

Le trajet est toujours le même : (1) calculer EE et VV — attention, pour une somme on additionne les variances (si indépendance), pour une moyenne on divise la variance par nn ; (2) réécrire l'intervalle centré sur l'espérance en écart à la moyenne ∣Y−E(Y)∣<a|Y-E(Y)|<a ; (3) appliquer Bienaymé-Tchebychev ; (4) passer au complémentaire pour minorer la probabilité de rester proche. Pour un « plus petit nn », on impose la condition au minorant.

Exercice 2 — Majorer une fluctuation

On réutilise le même outil dans trois situations différentes. À chaque fois, le vrai travail est de faire apparaître un écart à la moyenne ∣Y−E(Y)∣≥a|Y-E(Y)|\geq a à partir de l'événement de l'énoncé.
  1. Temps d'attente. T1,T2,T3T_1,T_2,T_3 sont indépendantes, d'espérance 66 et de variance 11 ; S=T1+T2+T3S=T_1+T_2+T_3. Démontrer que P(14<S<22)≥0,81P(14<S<22)\geq 0{,}81.
  2. Support entier. XX ne prend que des valeurs entières ≥1\geq 1, avec E(X)=1,5E(X)=1{,}5 et V(X)=1112V(X)=\dfrac{11}{12}. Démontrer que P(X≥3)≤1127P(X\geq 3)\leq \dfrac{11}{27}.
  3. Somme de deux lois. XX suit B(10 ;0,747)\mathcal{B}(10\,;0{,}747) et YY, indépendante, vérifie E(Y)=22,53E(Y)=22{,}53, V(Y)=9,81V(Y)=9{,}81 ; Z=X+YZ=X+Y.
    1. Déterminer E(X)E(X), V(X)V(X) et calculer P(X≥6)P(X\geq 6) (arrondi à 10−310^{-3}).
    2. Donner E(Z)E(Z) et V(Z)V(Z), puis montrer que P(Z≤20 ou Z≥40)<0,12P(Z\leq 20 \text{ ou } Z\geq 40)<0{,}12.
Voir la correction

1. *Paramètres de SS (une somme).* Par linéarité, E(S)=6+6+6=18E(S)=6+6+6=18 ; par indépendance, V(S)=1+1+1=3V(S)=1+1+1=3. Écart à la moyenne : l'intervalle ]14 ;22[]14\,;22[ est centré sur 1818 (18±418\pm4), donc 14<S<22  ⟺  ∣S−18∣<414<S<22\iff|S-18|<4. Inégalité puis complémentaire : P(∣S−18∣≥4)≤316P(|S-18|\geq4)\leq\dfrac{3}{16}, d'où P(14<S<22)≥1−316=1316=0,8125≥0,81P(14<S<22)\geq1-\dfrac{3}{16}=\dfrac{13}{16}=0{,}8125\geq0{,}81.

2. Ici l'événement {X≥3}\{X\geq3\} n'est pas d'emblée un écart : il faut le transformer. Prenons a=1,5a=1{,}5 : l'événement ∣X−1,5∣≥1,5|X-1{,}5|\geq1{,}5 signifie X≥3X\geq3 ou X≤0X\leq0. Or l'énoncé précise que X≥1X\geq1 : le cas X≤0X\leq0 est impossible. Il reste donc l'équivalence ∣X−1,5∣≥1,5  ⟺  X≥3|X-1{,}5|\geq1{,}5\iff X\geq3 — c'est l'astuce de l'exercice. On applique alors l'inégalité : P(X≥3)≤V(X)1,52=11/129/4=1112×49=1127P(X\geq3)\leq\dfrac{V(X)}{1{,}5^2}=\dfrac{11/12}{9/4}=\dfrac{11}{12}\times\dfrac49=\dfrac{11}{27}.

3. a. XX suit B(10 ;0,747)\mathcal{B}(10\,;0{,}747) : pour une loi binomiale, E(X)=np=10×0,747=7,47E(X)=np=10\times0{,}747=7{,}47 et V(X)=np(1−p)=10×0,747×0,253≈1,890V(X)=np(1-p)=10\times0{,}747\times0{,}253\approx1{,}890. La probabilité P(X≥6)=1−P(X≤5)P(X\geq6)=1-P(X\leq5) se lit à la calculatrice : P(X≥6)≈0,918P(X\geq6)\approx0{,}918.

3. b. *Paramètres de Z=X+YZ=X+Y :* par linéarité E(Z)=7,47+22,53=30E(Z)=7{,}47+22{,}53=30 ; par indépendance V(Z)=1,890+9,81=11,7V(Z)=1{,}890+9{,}81=11{,}7. Écart à la moyenne : « Z≤20Z\leq20 ou Z≥40Z\geq40 » revient à s'écarter d'au moins 1010 de part et d'autre de 3030, soit ∣Z−30∣≥10|Z-30|\geq10. Inégalité : P(∣Z−30∣≥10)≤V(Z)102=11,7100=0,117P(|Z-30|\geq10)\leq\dfrac{V(Z)}{10^2}=\dfrac{11{,}7}{100}=0{,}117. Comme 0,117<0,120{,}117<0{,}12, l'inégalité est établie.

Le réflexe à retenir

Quand l'événement n'est pas déjà un écart à la moyenne, il faut le fabriquer : un intervalle ]μ−a ;μ+a[]{\mu-a}\,;{\mu+a}[ devient ∣Y−μ∣<a|Y-\mu|<a ; un « ≤\leq ou ≥\geq » de part et d'autre de μ\mu devient ∣Y−μ∣≥a|Y-\mu|\geq a ; et un événement d'un seul côté (comme X≥3X\geq3) peut se ramener à un écart en exploitant une contrainte sur les valeurs (ici X≥1X\geq1 élimine l'autre côté).